Jean-Frédéric Poisson, qu’avez-vous pensé du discours de François Hollande sur l’immigration et le droit de vote des étrangers ?


Il faut 3/5 de votes ou un référendum pour instaurer le droit de vote des étrangers. Je ne pense pas que le gouvernement trouve une majorité au Parlement ni dans l’opinion publique. Il y a un problème d’équilibre à trouver sur cette question.
Sur l’immigration, j’ai plus envie de regarder l’avenir que le passé. J’entends que la France est un pays qui s’est peuplé aussi par le phénomène migratoire, tout cela est juste. Cela dit, quand j’entends le Président de la République dire ce qu’il a dit hier, il y a un certain nombre de choses qu’il omet. La première, c’est que ce n’est pas la peur qui gouverne la société française. C’est une forme de désespérance, une forme d’exaspération. Ce n’est pas tout à fait la même chose ! En tout cas, il y a des déséquilibres territoriaux tels que beaucoup de compatriotes ne comprennent pas comment on peut dire, comment le chef de l’Etat peut dire, que l’immigration est une chance pour la France. Ce message, je pense, est décalé pour un certain nombre de nos compatriotes, qui ne vivent pas l’immigration comme une chance, mais qui la vivent au quotidien comme une agression. Il faut entendre ces Françaislà. Ils ne sont pas tous d’affreux abrutis violents ! Non, c’est la réalité qu’ils vivent. Pour avoir moi-même passé quelques années dans les banlieues nord de paris, j’en ai des souvenirs d’adolescent extrêmement précis. Donc tout cela existe, il faut le reprendre en compte.
Sur Schengen, de deux choses l’une : ou bien nos voisins européens qui ont une partie des frontières de l’Europe sous leur charge sont capables de les faire respecter, ou alors ils n’en sont pas capables. S’ils n’en sont pas capables, leur propre incapacité rejaillit sur nous.


Vous pensez que ce côté négatif de l’immigration que vous soulignez, alors que l’immigration est souvent présentée comme extrêmement enrichissante, prend le dessus ?


Ca peut ! Je le constate dans un certain nombre de quartiers, et on le voit dans les résultats électoraux, les reportages télévisés, les études universitaires, les études sociologiques, les sondages, on le voit partout. Ce n’est pas vrai pour tout le monde. Mais je dis simplement qu’à vouloir avoir des discours généralisateurs, un peu trop moralisateurs, notamment de la part du chef de l’Etat, sur ce sujet, on omet cette réalité-là et il faut la prendre en compte.


Vous êtes opposé au droit de vote des étrangers ?


Oui, fondamentalement opposé, pour des rasions à caractère constitutionnel d’abord : c’est que le droit de vote est attaché à la citoyenneté. Les européens peuvent voter, mais c’est parce que l’on a
inventé une citoyenneté européenne à mon avis très artificielle. On a tiré très largement sur cette notion de citoyenneté, au point presque de la casser pour intégrer les ressortissants européens. Cette citoyenneté doit rester la barrière infranchissable pour l’autorisation du droit de vote. Je suis parfaitement opposé à toute évolution en faveur du droit de vote des étrangers.


Fin de vie : que pensez-vous de ce rapport ?


Je salue l’effort de mes collègues Alain Claeys et Jean Leonetti pour leur travail sérieux, effectué avec une vraie volonté d’apaisement.
Malgré tout, je pense qu’il est dangereux, du point de vue de la sédation, de provoquer l’inconscience d’un patient. Tout d’abord, la provoquer pourquoi ? Première question. Je ne suis pas seul à imaginer cela. Je fais référence aux propos de Suzanne Rameix ou Jean-Claude Fondras qui sont deux grands spécialistes d’éthique médicale très connus et pas soupçonnés d’être particulièrement conservateurs sur ces questions-là qui se demandent : comment fait-on la limite ? Comment apprécie-t-on cette limite entre le fait de provoquer le sommeil de quelqu’un, pour employer des mots simples, et la tentative et l’action euthanasique ? Cette limite-là, elle est quasiment impossible à déterminer. Je comprendrais que l’on réserve le fait d’endormir de manière définitive, parce qu’il s’agit bien de cela, un patient, si c’était pour des patients qui ont des pronostics de vie très courts, à quelques heures ou quelques jours de la fin de leur vie programmée ou envisagée, éventuellement et moyennant des tas de précautions.


Quelles sont vos propositions pour la fin de vie ?

Le problème, c’est que la loi de 2005 adoptée à l’unanimité par le Parlement en réalité n’a pas été appliquée. C’est une loi qui n’est pas connue, qui n’est pas appropriée par les personnels soignants, médecins ou hospitaliers. Je propose donc que la loi Leonetti soit appliquée, qu’elle soit mieux connue et que les personnels médicaux, les médecins et les soignants, la pratiquent, c’est-à-dire qu’ils accompagnent jusqu’au bout, qu’ils soulagent la douleur, toutes ces choses que l’on applique dans les services médicaux.
Deuxièmement je propose que la loi s’applique, c’est-à-dire que l’on déploie les soins palliatifs le plus possible. Or on est en arrêt, et on a tous les ans le débat sur le budget de la santé : on manque de crédits, et ces situations douloureuses ne sont pas vécues comme il faut parce qu’il n’y a pas les moyens pour soulager la douleur réellement.
Troisièmement, je propose qu’on ne bouge pas cette loi de 2005 parce qu’elle traite, de mon point de vue, tous les cas. Encore une phrase : il y a eu un jugement très spectaculaire rendu suite au procès d’un vieux monsieur qui avait mis fin aux jours de son épouse qui avait un ou deux ans de moins que lui. Ils avaient 89 et 87 ans. Qu’a dit la justice ? L’homme a été condamné sans exécution de peine. Cela veut dire que dans les cas très douloureux, il y a une forme d’équilibre national qui permet de traiter ces cas, et la loi actuelle le permet, c’est en tout cas ce que je crois.
Jean-Frédéric Poisson, vous êtes toujours candidat à la primaire 2016 ? Vous pensez que vos idées ne sont pas assez représentées ?
Moi qui suis très modérément libéral, je pense en effet qu’il y a un risque que la primaire de la droite se résume à une course au libéralisme !